Hommage à Louis II de Bavière

Au fond du lac
La couronne gèle,
Et l’eau souffle
La chandelle.

Le Mystère
N’est plus.

Il grêle
Sur La Bavière.

Il grêle.
Pourtant,
Le balcon reste
Ouvert.

Le Mystère
Fut
Monarque
Légendaire.

Il a froid
Au fond du lac ;
Où est le soleil
Le Roi-Soleil,
Où est Versailles ?

Il grêle.
Starnberg frémit
D’effroi, de peine.

Le Mystère
Fut
Mécène reclus,
Ange tutélaire.

Cerné, battu
Par toute cette pluie,
Il serre une lettre
De Sissi.

Ses cheveux – nuit
Tremblent, épars ;
Volée de freux
Dans le grand lac.

Il grêle.
L’éclair foudroie.
Le feu s’éteint,
Le feu se noie.

Le Mystère
N’est plus
L’Aigle des nues
L’hôte des neiges.

A présent, il siège,
Prince déchu

Près de son île
Aux roses crépues.

Le Mystère s’est tu
Il y a plus d’un siècle
Déjà.
Mais au ciel Wagner
Compose l’opéra ;
Genou à terre,
Louange au Roi,

Louis II de Bavière.

 

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La noce salée

Des petits carrés
De papiers pliés
Se sauvent,
Se savent
Bientôt jetés.

Dimanche ;
Sa robe est prête
Elle s’avance
Et puis s’arrête.

Elle coince
Dans une main
Un petit cornet
De dragées fins,
Couleur de givre.

L’autre main
Caresse, pensive
L’arc d’ogive
De ses sourcils ;

A un…
Tu la rejoins ?

Hélas ; sourd et sévère
Tu valses vers
Une troisième main.

A deux…
Les dalles vibrent ;
C’est le grand vide
Qui s’abat.

Un vitrail
N’est pas solide,
Et chaque pas
Devient coup bas
Dans une église.

Demoiselle
Aux jolies joues
Poudrées de rose
Et de vermeil
Récolte le sel
Le long du cou.

Le nez froncé
Elle observe
La belle mariée
Au travers
De lacs brouillés.

Elle envie
La gorge nacrée
Sous la gaze légère
Ses doigts fuselés
Qui fendent l’air
Sacré.

A trois…
L’eau-revoir
S’esquive,
Demoiselle dérive
Et suit la Loire.

Les petits carrés
De papiers pliés
Ont fait part
D’une noce salée
Tout déchirés
S’en sont allés…

Entendons
Les cloches sonner,
Et les ciboires
Se briser.

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Tout éperdument

Petit poème qui figure dans mon premier recueil de poésie : »Les Invoqués »

Les froissures et
Les plissures
Cachent un

Reflet.

L’ovale clair
Dans la verrière
Est-ce votre

Reflet ?

Evaporé
Qui vous hâtez,

Mes yeux s’embuent,
Vaporisés.

Restez

Car je sinue
Entre deux eaux
Là où
Se nue
D’azur et d’or

Encore encore

L’âme éperdue.

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Pluie d’elle (Poème sélectionné pour paraître dans le numéro 1 de la très belle revue : « Encres », fin Octobre 2018 )

Poème sélectionné pour paraître dans le numéro 1 de la très belle revue : « Encres », Novembre 2018
La pluie plaît
Aux gens émus
Il a plu,
Et ça me pèse.
Sur mon épaule
La plaie grandit ;
Je n’ai plus d’elle.
J’étais un je
Mis au pluriel ;
Nous envolé
A tire-d’aile
Un moins un
C’est trois fois rien ;
Zéro pointu
Peau de chagrin.
La plume plie
Et n’écrit plus,
C’est peine perdue
Quand on l’appelle.
La pluie parle
Aux gens émus
Mon œil perle,
Je me dilue.
p.txt

Nature Morte (4ème poème de mon recueil : »Les Invoqués » )

4ème poème de mon recueil de poésie : »Les Invoqués » 

Derrière le rideau
Les feuillages jouent
Mouillés de vent

Est-ce la fenêtre
Qui grince ; ou bien
L’archet qui pince

Trop fort.

L’encrier
Croise entre elles
Des ombres
Humides,
Des traces
D’eau nette

Qui restent.

Sous l’abat-jour
Eclot
Un rond très doux
Une petite lumière

Qui restent.

Je suis les fissures
En résille sur
L’assiette
Et les tasses vertes

Seize heures
Il reste
Seize heures ;

La peinture sèche.

Le bouton de rose
Cueilli hier
Dépose, délicat
Au cœur
De la théière

Son ver à soie.

Il manque
Une touche
D’air à cette

Nature Morte.

Tu ne respires plus
Mais tu es restée

Chez nous.

Théière
Lampe
Encre
Lumière

Partout.

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Poème sélectionné pour paraître dans le numéro 8 de la revue littéraire « Pierres d’Encre », Printemps 2019

Au printemps 2019, la très belle revue littéraire « Pierres d’Encre » publiera dans leur numéro 8, mon poème en prose « Le vieil homme et la petite tulipe ».

Je vous laisse découvrir le site internet de la revue ici 

Et voici le poème « Le vieil homme et la petite tulipe » :

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La petite tulipe rouge attendant le vieil homme dans le salon de thé « L’Epicerie », Auray (56)

Dans le salon de thé, la petite tulipe incline légèrement la tête. Elle s’ennuie un peu.

Autrefois, de minuscules fleurs de gypsophile lui tenaient compagnie dans le vase. Elle les aimait bien car elles ressemblaient à des paillettes qui crépitaient ou à des abeilles qui virevoltaient.

Autrefois encore, le lupin était présent. Ses graines sentaient les îles de la mer Egée, là où il fut cueilli à l’état sauvage. Son sourire était frais, très blanc ; cela apaisait beaucoup la petite tulipe rouge lorsque les clients devenaient un peu trop bruyants. Le lupin massait ses feuilles et elle s’assoupissait, réconfortée par la douce caresse.

A présent, la petite tulipe est seule sur la table. Les autres ont fané avant elle.

Mais une pensée légère égaye sa journée. Quelqu’un va bientôt s’asseoir sur une des chaises, face à elle. En attendant, elle s’appuie contre le mur pour se reposer. Ses pétales flamboient sur les boiseries bleues. C’est un bleu marine éclatant qui contraste réellement avec sa robe rouge, orangée.

La petite tulipe est fière de ses couleurs et de son unique feuille verte et bouclée.

Elle apprécie l’odeur des muffins aux myrtilles et du chocolat fondu que l’on remue dans une casserole en argent.

Mais ce qu’elle préfère, c’est le goût du vin chaud épicé que l’on sert avec une rondelle de citron et de la cannelle. Une fois, on en a versé par mégarde dans son vase. Elle était devenue encore plus rouge que d’habitude et avait fait quelques tours sur elle-même. Un vieil homme, qui avait remarqué la drôle de scène, s’était mis à rire gaiement. Afin qu’elle reprenne ses esprits, il lui avait proposé un morceau de son gâteau à l’orange avant de lui lire un chapitre de son livre. Elle l’avait alors écouté attentivement puis remercié en faisant claquer ses pétales. Ensuite il était parti. Les gens le croient fou mais elle sait que ce n’est pas vrai.

Elle attend impatiemment qu’il pousse à nouveau la porte du salon de thé. Il la saluera en ouvrant grand ses yeux pleins de lumières et il mangera une brioche à la framboise.

La dernière fois elle a appris que le rouge était sa couleur préférée. C’est sûrement pour cela qu’il parle à la petite tulipe. Parce qu’elle est rouge aussi.

Soudain, la clochette de l’entrée tinte. C’est lui !

Il a l’air fatigué mais son visage s’éclaire en apercevant sa petite tulipe. Il s’installe rapidement, commande la fameuse brioche et ouvre son livre :

« Rien ne bougeait dans la vaste plaine. Le soleil était immobile dans le ciel et les oiseaux ne volaient plus. Seul le mystérieux clapotis d’une rivière… »

La petite tulipe rouge est aujourd’hui la plus belle des fleurs du café. Elle s’épanouit grâce à la voix d’un vieil homme un peu poète, qui tous les jours, lui fait la lecture.